Tout savoir sur Yennayer

yenayerFace au processus de momification de notre culture et notre identité amazighe planifié par le pouvoir politique et exécuté par des institutions officielles de l’Etat, à leur tête l’école sinistrée par des programmes moyenâgeux, la population algérienne dans son ensemble Amazighe, réagit pour protéger ce qui lui reste de repère le plus cher : Yennayer ! (*)

Par Rachid Oulebsir (Ecrivain, Editeur, chercheur en patrimoine amazigh)

Quels sont les secrets de cette résistance de Yennayer à l’usure du temps ? Quelles menaces planent encore aujourd’hui sur ce vecteur essentiel qui contribue à la transmission des valeurs des ancêtres, à la solidité du tissu social et à la convivialité villageoise et citadine ? Quelles attitudes prendre vis-à-vis d’un pouvoir qui, pour sauver ses rentes, compose avec la pensée mortifère de l’intégrisme islamiste ?

Introduction

Yennayer, le nouvel an amazigh, constitue de nos jours un ultime repère identitaire existentiel pour les Nord-Africains. C’est l’un des derniers que les multiples colonisations qui se sont succédé sur l’Afrique du Nord durant plus de deux mille ans n’ont pas gommé de la mémoire collective régionale. De nos jours, de nombreuses mutations affectent ce jalon essentiel dans son essence et ses formes d’expression. Ces changements dus à l’origine aux affrontements culturels des Amazighs avec les multiples civilisations qui ont colonisé l’Afrique du Nord, mais essentiellement à l’avènement du capitalisme colonial français, s’accélèrent de nos jours en un processus de momification planifié par le pouvoir politique et exécuté par des institutions officielles de l’Etat, à leur tête l’école sinistrée par des programmes moyenâgeux. La population algérienne dans son ensemble Amazighe, réagit pour protéger ce qui lui reste de repère identitaire sans doute de plus cher : Yennayer !

Le colonialisme français qui a détruit l’ordre économique, social et culturel du monde berbère au 19ème siècle avait provoqué un déracinement et une déculturation auxquelles l’ère de l’indépendance n’a pas apporté de remèdes, les pouvoirs ayant hérité de l’administration jacobine coloniale ont choisi à dessein d’accélérer l’enterrement de la culture ancestrale et de substituer à la culture coloniale française la culture arabo-islamique importée d’Orient. Les luttes politiques pour le recouvrement et la réhabilitation de notre identité millénaire menées par les élites berbères avaient été brutalement réprimées dans le mouvement national dés 1949 avant d’être reprises à l’indépendance par de nouvelles générations et connaitre leur expression populaire la plus éclatante en Avril 1980. Le même traitement répressif leur a été alors appliqué par les pouvoirs en place. La révolte d’Avril 1980 a néanmoins semé sa graine démocratique et donné des fruits de libertés inattendus par le pouvoir jacobin d’Alger.

Depuis les années 1990, l’accélération et l’élargissement des luttes identitaires aux espaces populaires avaient forcé le pouvoir central à établir un nouveau rapport à la culture Amazighe alternant la répression et la négociation cédant stratégiquement en introduisant tamazight à l’école, avant de revenir à la répression sanglante dans les années 2000 sanctionnée par la concession tactique de la constitutionnalisation de tamazight langue nationale. Depuis l’avènement du président actuel avec ses quatre mandats successifs la question identitaire est gérée dans un accompagnement insidieux vers l’extinction définitive dans un processus de momification auquel, nous, enfants de Jugurtha, contribuons par l’oubli de nos indicibles sacrifices, par notre paresse intellectuelle, nos rivalités intestines et notre empressement au leadership .

I- Yennayer vecteur de sauvegarde culturelle

Nous prendrons Yennayer comme exemple pour illustrer les mutations qui affectent le patrimoine culturel immatériel amazigh de façon générale et ses dimensions porteuses d’autonomie citoyenne et de diversité culturelle que la vision jacobine perçoit comme une menace permanente à son hégémonie sur l’initiative politique. Le nouvel an amazigh est l’un des vecteurs fondamentaux de sauvegarde et de transmission du patrimoine culturel immatériel donnant corps à l’identité amazighe. Je vous donne rapidement la définition et les cinq dimensions du Patrimoine culturel immatériel adoptée par l’UNESCO dans sa convention de sauvegarde de 2003. (Je renvoie le lecteur au texte de cette convention qui circule sur la toile)

Je constate avec vous en quelques mots que la sauvegarde de la culture vernaculaire amazighe du moins dans ses repères de base n’est pas prise en charge par les institutions dont c’est la mission principale. L’absence d’une vision globale scientifique de cette question fait que la folklorisation à des fins d’exploitation populiste l’emporte sur le travail de fond conforme aux instruments adoptés par la communauté scientifique internationale.

Notre mémoire ancienne a retenu et transmis que Yennayer est une fête annuelle amazighe dont l’origine cosmogonique relève de la mythologie méditerranéenne toutes civilisations confondues. Elle daterait d’une époque antérieure au règne des Pharaons d’Egypte notamment la 22ème dynastie fondée par Chachnaq l’Amazigh (sheshonq 1er), soit 950 ans avant notre ère.

Nous ne nous arrêterons pas à l’origine de Yennayer et aux éléments calendaires amazighs par ailleurs largement documentés et débattus dans les sphères intellectuelles avant que le discours ne se démocratise dans une prise en charge populaire grâce au mouvement associatif du moins dans les régions de Kabylie et des Aurès.

II- Le déroulement de la fête de yennayer, hier et aujourd’hui

Nous allons comparer le déroulement de Yennayer au lendemain de l’indépendance et sa fête aujourd’hui dans la région de la Kabylie centrale dans le Arch des Melikeche ( actuelle commune de Beni Melikeche ) dont le territoire montagneux est aux frontières des trois principales wilayas de Kabylie, Bejaia, Bouira et Tizi-Ouzou . La comparaison concernera les éléments spatio-temporels, les expressions festives et le contenu rituel et signifiant. Il s’agira donc de s’interroger sur la durée, l’espace d’expression et le sens rituel cosmogonique de yennayer, hier et aujourd’hui, s’interroger sur l’acte culturel mais aussi sur les acteurs concernés et leur rapports à cet événement majeur dans le monde Amazigh

A– Yennayer autrefois en Kabylie

Invité exigeant Yennayer demande ordre et propreté pour ouvrir la porte de la nouvelle année. Yennayer est la fête d’Amnar, Dieu des seuils de la mythologie amazighe l’équivalent de Janus, Dieu des seuils et des Portes qui ferment et qui s’ouvrent dans la mythologie romaine. Voici un poème que j’ai recueilli chez de nombreuses vieilles femmes du versant méridional du Djurdjura qui établit le mythe de l’accueil de la nouvelle année .

« Ay Amnar eldi taggurt

Assegwas ad yawi adfel

Ad ttakwi tezgi, att su tzemurt

Anekes i lmal assadel »

(Chant Achouiq de ma grand –mère Adjaoud Messaouda decédée le 1er nov 1982)

Yennayer se déroulait en trois jours. Les préparatifs interrompaient la cueillette des olives. Les deux premiers jours recouvrent un inventaire de l’année en cours où tous les actes productifs, tous les échanges doivent être évalués et clôturés si possible ! On solde l’année sans rien laisser de passif pour l’année qui s’ouvre !

1- Le premier jour : Aheggi (les préparatifs)

Il est marqué par les derniers préparatifs d’accueil de la nouvelle année. Les femmes sortent vers la forêt emmenant les enfants pour leur apprendre la faune et la flore environnantes et la supériorité de la nature sur l’homme. Elles invoquent les divinités amazighes et les saints protecteurs de la forêt, des ruisseaux, des arbres et des animaux. Elles cueillent pour la circonstance les sept plantes bienfaitrices de présage propitiatoire et protecteur :

Amezir (le romarin),

Averouaq (L’asphodèle),

Oufal (la férule),

Abesbas (le fenouil)

Lebsel n wuchen (les scilles)

Ifar ou Kharoub (La feuille de caroubier)

Amadagh (le lentisque).

Chaque région amazighe a l’évidence ses propres plantes. Elles sont mises à sécher sur les toitures et les terrasses des maisons comme fétiches protecteurs. Au cours de leur randonnée les enfants apprennent par transmission les noms des plantes et ceux des animaux sauvages de leur environnement. C’est l’objectif principal de la sortie forestière.

Les hommes sortent à la chasse pour ramener du gibier. C’est le moment de transmettre le savoir-faire et le maniement des armes aux adolescents, les futurs hommes du village. Donc à l’origine l’on cuisinait des perdrix pour Imensi n Yennayer, le cop fermier est un complement !

Dans les intérieurs domestiques, les femmes refont les peintures, les décorations et le Kanoun (l’âtre) et renouvellent les trois pierres de soutien des marmites. C’est à l’évidence un moment de création artistique où les femmes rivalisent avec leurs belles fresques murales, leurs poteries, leurs nouveaux bijoux, leurs vanneries …

On termine les travaux domestiques importants :

  • Nettoyage des maisons
  • Remplacement des vieux meubles, des pierres de l’âtre,
  • Réfection des peintures des murs et des décorations
  • Lavage des écuries et des étables
  • sorties des fumiers

2- Le deuxième jour : Tisewiqt n’Imensi n Yennayer (le petit marché)

La matinée est marquée par Tisewiqt n’ yennayer : Yennayer a un caractère et une dimension économique ! C’est le petit marché spécial Yennayer, qui a été reproduit dans les fêtes religieuses musulmanes de l’Aid, du Mouloud et de l’Achoura. Pour les chefs de familles c’est le moment de payer les dettes de l’année, ou de renouveler des contrats de travail, de troc, de vente et d’achats de marchandise.

On fait les derniers achats pour le dîner du réveillon et la fête des friandises. On achète souvent aussi des cadeaux aux femmes (tissus, bijoux de fantaisies…)

  • Un rite de passage : C’est l’initiation des enfants à l’usage de l’espace public. On se rend au gros bourg, on y emmène les enfants chez le coiffeur et les adolescents au marché pour la première fois. On les initie à l’usage de la monnaie et du rapport marchand, en leur remettant de l’argent de poche. On achète des têtes de veau ou de mouton
  • Dans l’après-midi , on fait face aux derniers travaux dans les maisons dans un réflexe de solidarité (Tiwizi) pour aider les familles dont les hommes sont en voyage ,en émigration ou tout simplement décédés . consolider une toiture, refaire un mur, transporter des olives vers les moulins, rentrer du bois, ouvrir un sentier encombré … Yennayer doit arriver sur un terrain propre, sans aucun obstacle qui générait l’ouverture de la nouvelle année
  • Imensi n yennayer : le dîner du réveillon Amazigh

La veillée du 11 janvier est un dîner familial, une fête qui se déroule dans la maison du père ou dans celle du frère le plus âgé. On lui consacre : un rite sacrificiel : ( Zlu rric ad yivnin umaɛic, immole le gibier à plume pour la douceur du repas).Tel est l’adage de circonstance

On immole du gibier (perdrix, lièvres, bécassines…On complète avec de la volaille (coq fermier) . Le dîner Imensi N yennayer sera préparé sur le nouveau Kanoun. Chaque région a son plat de prédilection . En Kabylie c’est le couscous aux légumes secs agrémenté de gibier, qui est de mise. On réunit toute la famille, et les voisins, et les passants. On réserve la part aux absents (soldats, émigrés, hospitalisés, voyageurs …)

On raconte que les émigrés kabyles, qui connaissaient l’importance de ce rite, arrivaient souvent pour le repas du réveillon. C’est pour cela que la famille leur réserve la part de l’absent !

Rite propitiatoire :

On se réunit en soirée pour revisiter le passé cosmogonique et redire notre soumission à Dame nature par l’invocation les contes qui rappellent les Dieux de la mythologie Kabyle à travers le conte Amardhil n Furar ; le mois de février, prête un jour à Yennayer ; le mois de janvier pour qu’il punisse la Première mère du monde Yemma s N ddunit qui lui avait manqué de respect.

On rappelle aux petits la mission de chaque divinité (Lilou, Ifrou, Anzar, Awqas, Ihouh, Amnar, Hadèz…)

3- Le troisième jour : Tabburt u seggas : (la porte de la nouvelle année )

Amenzu n yennayer : Jour de l’an amazigh consacre le démarrage de la nouvelle année. L’ouverture de la nouvelle année commence par la visite des cimetières où l’on se recueille sur les tombes des anciens.

  • La matinée : Un rite de partage

C’est le temps des gâteaux, des friandises et des sucreries qui accueillent l’année en douceur. Chaque famille fait tourner dans le village le plat d’offrande «Tarvuyt n lfal» rempli de friandises et de fruits secs

  • On fait des fritures (Acayaḍ ard iqavel acayaḍ ) : cCrêpes, Beignets et macroutes
  • On organise les visites entre voisins pour faire des offrandes.
  • On se recueille dans les mausolées pour y déposer des oboles pour le présage de bonne année
  • On prépare du Berkoukès S Uvissar (Gros couscous aux fèves), plat de Yennayer avec les plantes forestières bienfaitrices.

L’après-midi : Le rite de création culturelle

C’est le temps des réjouissances :

On organise

  • des carnavals ( Buɛfif, Ayrad, où l’on simule la venue au monde d’un lionceau )
  • Des Processions enfantines avec déguisements exubérants
  • Des jeux divers, des danses et des chants
  • Des joutes poétiques
  • Chants et chorales féminines ( Ourar)

B- Yennayer aujourd’hui en Kabylie

Ce patrimoine qui a survécu dans les années de braise de la colonisation s’est paradoxalement perdu et appauvri avec le retour de la paix et de l’indépendance ! Il se retrouve atomisé, parcellisé. Chaque région, chaque communauté amazighe, Targuie, Chaouie, Kabyle, Mzabi, Chenoui, Zenâtie ,Chelhie, Rifie .. a gardé un ou deux gestes qu’elle reproduit sans comprendre le sens et la portée civilisationnelle. Depuis au moins une décennie Yennayer connait des mutations irréversibles qu’il est nécessaire d’analyser comme indicateur de la résistance culturelle de la région dans ses affrontements quotidiens avec les cultures officielles plus agressives et disposant d’importants moyens matériels et de solides protections institutionnelles.

La porte de l’année 2965 s’est ouverte sur des formes nouvelles et un fond plus consistant, ce qui traduit la conscience de l’éminence de la disparition de ce vecteur essentiel de l’amazighité et de l’urgence d’organiser sa sauvegarde et la transmission de son sens, de ses valeurs et de la cosmogonie qu’il a véhiculé durant plus de 2000 ans .

Yennayer se déroule de nos jours en une seule soirée dans l’intimité familiale mais également sous forme de manifestations culturelles villageoises et citadines qui durent d’une journée à trois jours selon les villages et les organisateurs. Nous avons recensé quatre types de changements dans l’événement symbolique de la culture Amazighe. Des modifications formelles dans l’espace d’expression, la durée de la fête, mais également des mutations essentielles qui ont affecté ses fonctions rituelles et les rapports des citoyens à cet événement majeur de leur interprétation de l’univers.

1 – Mutations dans l’espace (Deg ufrag ɣer uzrib)

La nouveauté est la sortie de Yennayer du milieu familial intime vers l’espace public urbain et villageois. Chaque village, chaque quartier de ville le fête à sa façon, la modernité et le coté artistique ont pris le dessus sur le côté gastronomique qui demeure néanmoins présent ! les causes de ce transfert culturel spatial sont à chercher dans l’exode rural, l’ Urbanisation, le mode de vie salarial, la mondialisation de l’imaginaire festif, l’ imitation des cultures dominantes … Mais également dans la dimension militante de la conquête de l’espace public, de sa récupération comme terrain d’expression des luttes identitaires comme prolongement naturel et substitution à l’espace familial qui a éclaté.

2- Mutations temporelles :

De trois jours, Yennayer se fête de nos jours en une soirée dans le milieu familial et durant deux à trois jours dans l’espace public (salles de fêtes, maisons de jeunes, voire places publiques…)

L’absence de pouvoir régional et d’autorité villageoise ( Institution de Tajmaɛt ayant rendu l’âme) a fait transférer l’initiative communautaire vers le pouvoir central qui a établi le calendrier des jours fériés excluant les fêtes amazighes dont yennayer, Amenzu N tefsut ,Timechret Uzemmur, Iwedjiven,…).

Ceci est un problème politique. Nous demandons que yennayer soit inclus dans le calendrier officiel des journées chômées et payées. Nous devons l’observer comme telle, une journée fériée de fait, avant d’instaurer un rapport de force favorable à notre identité et que le Pouvoir central d’Alger la prenne en charge par la fonction publique.

3- Mutations du sens rituel : le piège de la folkorisation

Le coté sacré a périclité. On n’arrête plus le travail pour yennayer ! La journée s’est banalisée, perdant de son aura ! Le sens rituel s’est perdu. Les motivations de la fête ne sont plus les mêmes. Certains fêtent yennayer sans savoir pourquoi !!

– le transfert de connaissances et de savoir-faire ne s’opère plus :

– la chasse s’est perdue (savoir-faire et rapport à la nature)

– La sortie forestière et environnementale a disparu (Connaissance de la faune et de la flore)

– l’accompagnement des enfants au souk ne se fait plus (la découverte de l’espace public par les enfants avec leurs parents qui leurs transmettent les valeurs comportementales)

– Dans la soirée de Yennayer, le coté légendes et contes s’est perdu avalé par la télévision. L’appauvrissement de la langue et la mort de la mythologie, de l’imaginaire amazigh par rapport à l’univers. Le processus de déculturation s’accélère.

En passant du domaine intime, (intérieur clos), à l’espace public (extérieur ouvert) Yennayer s’est également accompagné d’une mutation du contenu et du sens. En général l’appauvrissement du rituel est notable. On ne sait plus pourquoi on le fête ! Quelle signification revêt le rite et quelles en sont les portées éducatives et les buts visés sur le lien social. Il est réduit dans de nombreux villages à un simple diner un peu spécial !

Nous constatons néanmoins que les citoyens font renaitre les racines identitaires par des expositions, des récitals, des conférences, des ballets, des galas … l’effort demeure dans le quantitatif sans atteindre les anciennes missions du rituel d’ouverture de la nouvelle année. Yennayer est guetté par la folklorisation comme tous les repères identitaires amazighs.

4- Mutations le l’esprit créatif : de la création à la consommation

Le changement le plus irréversible est sans doute ce passage du citoyen de l’état de créateur culturel à celui de consommateur de gadgets importés.

A l’origine c’était les hommes, les femmes et les enfants du village qui créaient leur fête ! Ils la vivaient dans le cadre d’une collectivité soudée par un puissant lien social, en organisant leur environnement, en fabriquant leurs produits, en rivalisant dans la créativité artistique, en décorant leurs fétiches, en élaborant leurs formes d’expression culturelles (contes, poèmes, carnavals, danses, chants, randonnées, visites, recueillements …)

Aujourd’hui le citoyen est un individu isolé seul face aux règles du marché. C’est un consommateur sans initiative créatrice. Il achète et consomme. Il sera un spectateur dans une pièce de théâtre, un visiteur dans une exposition, un auditeur dans une conférence …

Conclusion

Yennayer a résisté parce qu’il a constitué durant des milliers d’années le creuset des valeurs civilisatrices universelles : La fidélité aux origines à travers le transfert de la mythologie ; La liberté d’expression et de création culturelle ; la propreté ; l’autonomie citoyenne ; le partage ; la solidarité ; l’hospitalité ; la créativité ; le respect de l’environnement et de l’écologie ; la consécration rituelle de la supériorité de la nature sur l’homme !

Il est de notre devoir d’impliquer un maximum d’acteurs dans la création culturelle ,la transmission des repères et des valeurs, de rhabiller le cérémonial du repas du burnous culturel par du théâtre populaire, de l’Ourar (Chants et danses), des expositions et des conférences pédagogiques sur les contenus socioéconomiques de la civilisation amazighe, sur les pratiques de soins, les savoir-faire de l’artisanat qui ont survécu ( art culinaire, tissage ,poterie, bijouterie, apiculture ,construction…)

La prise de conscience est là ! Nous commençons à comprendre qu’il nous appartient de réfléchir sur nous-mêmes et notre culture et notre pensée amazighe, leurs pratiques et leurs effets sur l’équilibre de la société. Il n’est pas question de ressusciter des archaïsmes, des réflexes de sectes, mais d’adopter des formes nouvelles de création interactives où le citoyen sera créateur et non simple consommateur passif. Nous devons surtout éviter d’être enfermés dans les clichés sauvages des rituels sanguins et poussiéreux, pièges savamment posés et entretenus par la pensée islamiste et les rentiers du pouvoir central.

Yennayer n’est pas un rituel où l’on verse du sang pour des divinités fantasmagoriques ! Mais un patrimoine d’une civilisation qui a traversé les époques et triomphé de l’adversité grâce à son contenu, ses valeurs et ses messages humanistes, tolérants et modernes. De nombreuses associations font des efforts remarquables. Malgré des moyens dérisoires, l’efficacité est souvent au rendez-vous. Des exemples heureux à suivre ; les réseaux sociaux sont parsemés de ces bonnes nouvelles de renaissance de tamazight dans les faits.

Rappelons que la civilisation amazighe a donné à l’humanité des apports essentiels, l’un des tous premiers calendriers agraire s complet avec des notions de météorologie, le premier roman de l’humanité (Apulée de Madaure), les premières caricatures sur roches (gravures rupestres du Tassili) aujourd’hui le Couscous de nos grand-mères est le premier plat consommé dans le monde loin devant les plats des gastronomies des pays dominants. Nous sommes fiers d’appartenir à la civilisation amazighe.

Je lance un appel public aux décideurs de ce pays pour que yennayer soit inclus dans le calendrier officiel des journées chômées et payées.

Nous Amazighs qui nous battons pour notre culture, devons l’observer comme une journée fériée de fait, avant d’instaurer par nos luttes quotidiennes un rapport de force favorable à notre identité et que le Pouvoir central d’Alger la prenne en charge par la fonction publique.

Tanemirt, Assegwas Ameggaz 2965

Rachid Oulebsir

(*) Texte de la conférence donnée dans de nombreux villages de Kabylie à l’occasion de Yennayer 2965 : Sidi Aich, Bouira, Akfadou, Université de Bejaia, campus universitaires…)

N.B.: La conférence est donnée en tamazight avec des références conceptuelles en langue française.

Source: Lematindz

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