Les réalisatrices Nord-Africaines

femme cinema afriqueL’oppression des femmes dans certaines parties du monde est un fait. S’il nous intéresse, c’est pour essayer d’en éclairer les mécanismes. Comme en psychanalyse, il s’agit de se concentrer sur ce qui fait problème, si l’on veut avoir la chance de comprendre le conflit.

La condition de la femme nord-africaine, qui vit éloignée de tout espace public et dans un huis clos, a longtemps été caractéristique de l’ère musulmane. Cette image traditionnelle recèle une complexité de modes, marqués par la diversité des héritages socioculturels et religieux. Mais la réduction du champ d’activités des femmes à l’espace privé (qui est leur claustration, ou du moins, leur marginalisation par rapport à l’homme et à la vie publique), constitue, dans une large mesure, une spécificité de la civilisation musulmane.

Ainsi, un art nouveau, le cinéma, naît. Celui-ci décrit les cultures et reflète l’évolution de la sociétéafrique du nord cinema, de l’histoire et les angoisses de la femme musulmane face à son devenir. De là, un certain nombre de questions se posent : Comment le cinéma parle-t-il des femmes ? Comment sont-elles représentées en tant qu’actrices (personnages) et en tant que cinéastes ? Comment est peinte la condition de la femme nord-africaine dans la fiction cinématographique ? Quelles sont les idéologies qui définissent toutes ces stratégies ?

Dès l’indépendance, les hommes ont utilisé le cinéma pour médiatiser l’identité nationale. Dans le combat contre l’impérialisme colonial qui en a été le leitmotiv, personne n’ignore la part prise par les femmes. Illustres ou anonymes, leurs actions ont compté. Certains ont pu penser que le présent des luttes ferait des lendemains meilleurs. Aujourd’hui qu’en est-il de ces luttes ? Comment surpassent-elles les pièges mis en place contre elles depuis des temps immémoriaux ? Après les indépendances de ces trois pays, la femme (hormis la femme tunisienne qui a connu une certaine liberté avec la promulgation du Statut Personnel en 1956) fut traitée comme un être inférieur et faible par rapport à l’homme.

elles filment algerieLorsque les réalisatrices ont décidé de dénoncer l’injustice des sociétés dans lesquelles elles vivaient, certaines ont pris leur plume pour faire part de leurs douleurs, d’autres ont choisi de passer derrière la caméra, peut-être parce que celle-ci est plus apte à exprimer, avec la musique et les couleurs, la situation déplorable que supportent les femmes dans le monde musulman depuis la nuit des temps. La plupart des films des réalisatrices (marocaines, algériennes, tunisiennes et celles de l’immigration) ne renvoient qu’à un seul thème, celui de l’image-mirage de la femme-objet, son emprisonnement et surtout sa réduction au silence, à l’obéissance sous la pression de la peur.

Ainsi, en étudiant les films de ces combattantes et tout en se centrant sur la question sociologique du cinéma de l’Afrique du Nord (la question de l’enfermement et du mutisme féminin), nous avons réfléchi à la vocation de cette identité féminine collective, c’est-à-dire socioculturelle, et à son opposition radicale à toute subjectivité traditionnelle ou patriarcale, où la femme est cloîtrée dans la rigidité du code identitaire arabo-islamique et enfermée dans le cercle des valeurs traditionnelles immuables. Les héroïnes des films féminins en cinema dzAfrique du Nord n’ont qu’un seul statut social, celui d’êtres de servitude, d’encagement et de désir. Leur quête de liberté et de singularité se déploie dans l’atmosphère de douleur et de silence qu’elles vivent, entre un aujourd’hui où s’étale leur quotidien et un futur auquel aspire leur corps frustré. Tous les personnages des films féminins expriment leur quête de différence, leur désir de rompre la subordination de la vie impitoyable reliée au principe de l’identité. Ces êtres, dits faibles, sont animés du désir de renoncer à leur assujettissement aux valeurs socioculturelles. Cela dit, l’Afrique du Nord d’aujourd’hui est partagée entre des cultures et des modes de pensées totalement différents. Les mentalités se contredisent souvent et la réalité est parfois difficile à affronter. À la recherche d’une quiétude intérieure, la réalisatrice de cette nation doit trouver le chemin qui puisse la mener à la rencontre de son identité. Un héritage culturel brûlé dans des cœurs bafoués, dans des âmes perdues, pourrait-il renaître de ses cendres ? Les techniques originales du cinéma féminin nord-africain peuvent-elles aider à saisir les sentiments, et parfois même le désarroi qu’engendre le conflit partageant la femme entre modernisme et culture ancestrale ?

La plupart des réalisatrices (en l’occurrence celles du Maroc et de la Tunisie) ont opté pour le modèle du scénario original. Ces grandes dames dites révolutionnaires ont-elles pris la voie du cinéma dans le but de sortir du monde aveugle de la société archaïque dominée par le poids des traditions et des mœurs, pour aller vers l’horizon des temps modernes et libéraux en prenant pour guide le couple connaissance/conscience, afin d’arriver à s’épanouir et à se libérer ? Ou encore veulent-elles, discrètement et indirectement, narrer l’histoire de leur vie en passant par la fiction ? Dans la majorité des films féminins de l’Afrique du Nord, la femme ne peut jamais exprimer sa volonté ni son rêve. Ce qui fera en quelque sorte sa valeur, ce sera l’intensité de son obéissance, de sa soumission et de son acceptation totale de la loi édictée et incarnée par l’homme. Cette exigence de passivité définit son statut manifeste d’objet. Cependant, elle existe même muette, même si sa personne a été mise entre parenthèses, avec une perfection telle qu’elle devienne anonyme et comme inexistante. L’élément féminin est toujours « celui par lequel la tempête arrive1». Il suffit qu’un sujet féminin trouve un moyen d’exprimer sa liberté pour que la société tout entière soit montrée secouée de séismes. Le statut préférentiel accordé à la femme semble alors être celui de victime qui sera en fin de compte immolée, sans que l’on sache clairement pourquoi, ni de quels dieux il s’agit d’amadouer.

cinema algerienne

1Maryse, L., La femme dans le cinéma algérien, op. cit., p. 451.

Il y a des urgences en Afrique du Nord, dont les moindres ne sont ni le cinéma ni la cause féminine. Elles seraient même le levier de changement de toute la société, car ce sont les femmes qui assurent l’éducation des enfants (aussi bien filles que garçons) et qui de ce fait prolongent les archaïsmes et les attitudes négatives qu’elles ont intériorisées dès l’enfance. Le regard des réalisatrices de cette partie du monde est ainsi un regard critique, puisque filtré par la culture occidentale, mais est en même temps un regard solidaire, qui cherche à découvrir leur « autre intérieur », dans le but d’une redéfinition de leur identité culturelle et de toutes celles qui sont réduites au silence éternel. Ces cinéastes-combattantes font alors de leur œuvre une dénonciation de la discrimination subie par les femmes de leur pays, tout en prenant conscience des voiles invisibles dont elles se recouvrent elles-mêmes et dont il faut se débarrasser.

L’Afrique du Nord des femmes n’est plus une ébauche, mais une réalité palpable. Cela concerne les femmes dans leur passé, leur vécu du colonialisme, leur âpre lutte pour arracher leur indépendance, leur combat pour l’émancipation idéologique, intellectuelle et traditionnelle, à les voir arriver là où elles n’ont pas pu, elles, se réaliser bridées par un passé suffocant. C’est alors que des cinéastes femmes émergeront de ce fatras de croyances, de naïveté, de conduites magiques, dans lesquelles elles se complaisent et s’ébattent comme des êtres féroces et enragés. Qu’ont fait les intellectuelles (militantes, cinéastes et politiciennes), pour manifester leur adhésion massive à cette grande patrie et surtout pour imposer leur présence physique et intellectuelle ? L’union des femmes de l’Afrique du Nord n’est pas un vain mot : ce ne sont pas les hommes qui vont organiser la circulation des idées féminines, la connivence entre ces résistantes, pour qu’elles aident à résoudre leurs problèmes d’épouses, de mères, de citoyennes et/ou de travailleuses.

Le cinéma féminin dans l’Afrique du Nord est balbutiant, mais il a tous les espoirs et toutes les raisons d’exister. Il se fera avec les femmes ou il aura infiniment de peine à se faire.

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