Les peuls purs sont étrangers au monde nègre…

peuls pursVoilà qui devrait rapprocher les Flam et nos nationalistes arabes… Pourquoi y a-t-il deux groupes de peuls : ceux qui ont les traits fins, la peau relativement claire et ceux qui sont noirs avec des traits négroïdes authentiques ? « On sait que les Peuls se divisent eux-mêmes en Peuls Rouges ( Ur, Ngiril, ou Mboda) et Peuls Noirs (Mbal). Or, il est admis unanimement, tant chez eux que chez les Noirs du Soudan Occidental, qu’ils comprennent quatre grandes familles (deux de Rouges et, deux de Noirs) étroitement liées par dendirâgal deux par deux. Ce sont, chez les Rouges, les Dya ou Dyallo (en mandé) et les Sô ou Sidibe (en mandé), et, chez les Noirs : les Ba (ou Diakhite) et les Bari (ou Sankare)» P175. 

Lesquels sont les peuls purs ? Les peuls rouges ou les peuls noirs ?

 A lire cette « réflexion sur le problème des peuls » à laisser dans son contexte. Cela vaut le détour pour les ignorants que nous sommes surtout que nous parlons souvent de l’arabité errante de nos fanatiques de la pureté de la race méprisant au passage leur berbérité. C’est écrit, après 50 années d’études, par Charles Monteil « 1871 – 1949 », alors doyen des africanistes, père du fameux ethnologue, linguiste, Vincent  Monteil , converti à l’islam à Nouakchott en 1977 à 64 ans, qui aura la bénédiction de notre ami le géographe Dr Abdoulaye Diagana chasseur de chercheurs légers au travail douteux orienté par le côté « militant » comme notre Yahya Sy dont nous avons repris une publication à propos de l’esclavage en milieu soninké.

http://chezvlane.blogspot.com/2013/08/plus-que-les-maures-voici-les.html

Aussi, aucun intellectuel de bonne foi ne saurait mettre en doute la qualité du travail de Vincent Monteil, qu’on ne présente plus, qui parle de n’imputer qu’à lui « les inévitables imperfections et les possibles erreurs » car c’est lui qui acheva de mettre en ordre la « réflexion sur le problème des peuls » dont l’articulation se résume en cette phrase : « ceux que nous nommons les Peuls sont des « étrangers » qui se sont imposés à des Noirs, auxquels ils ont emprunté leur langue — qui, à son tour, a été dénommée (pul-âr) d’après eux… ». 

Il rappelle d’ailleurs que ceux qu’on appelle Wolof ont fait de même :  « Qu’est-ce, au fond, que les Wolof ? A quelle époque remonte cette formation ? D’après les traditions, elle ne serait certainement pas antérieure au XIII siècle. Elle procède d’un fond commun, localisé dans le Bas-Sénégal, et dont les Bafor sont sans  doute les anciens représentants, auxquels les Wolof se sont substitués et dont ils ont pris la langue. » P179

Sans parler du cas soninké : « L’exemple des Djerma doit être, à ce point de vue, soigneusement 
étudié et utilisé. Cette colonie soninké, qui s’approprie la langue des Songhay, laquelle devient la langue des Djerma : voilà un cas instructif. »

Ainsi en parlant de la langue, l’auteur écrit avant sa démonstration : « « La question posée par leur langue, non encore classée définitivement, est indubitablement la plus grande difficulté du problème peul. » (Baumann, 1948, p. 50.)  Remarquons d’abord qu’il n’y a pas une langue peule, mais des dialectes,des patois, apparentés les uns aux autres, ce qui rend malaisé l’établissement d’une grammaire générale. (Gaden, 1912, p. 1.) 
Mais les Peuls ont-ils bien, comme le pensait Gaden, une langue qui leur, est propre ? L’unité sérère-peul, le sérère forme archaïque du peul, telles sont les idées récemment développées par Mlle Homburger (1939) et que Gaden avait déjà prévues. De son côté, Delafosse (1930, p. 14) a parlé d’une langue d’emprunt, d’emprunt très ancien, aux Sérères, ou aux ancêtres des Sérères actuels. 

Nous avons vu que nous considérons cette langue comme devant faire l’objet d’une étude comparative avec celles que parlent les Noirs du Soudan Occidental, c’est-à-dire aussi bien le wolof que le sérère, le soninké que le mandé. Parfois même, les rapprochements avec le berbère seront instructifs. »

———————

Il faut vraiment lire ce document en entier avant de bondir ici et là pour ceux dont l’ignorance est assise sur un fébrile ressort. Je viens de comprendre cette expression que j’entends en wolof depuis toujours désignant les toubabs comme des « khonkou nop » à savoir «  les oreilles rouges » car il va être question « des rouges » dans l’histoire peule des origines. Mais c’est en lisant ce document que j’ai compris pourquoi dans les mariages maures, la nuit de la cérémonie, les amis de la mariée l’enlèvent pendant quelques heures, le temps que le mari la cherche partout avec autant de fureur que d’amour. Cela doit certainement remonter à la tribu berbère des Ghomaras car alors nous dit l’auteur qui cite « El-Bekri écrit : « Chez les peuples de Ghomâra, il existe une pratique appelée muwâraba, qui est fort répandue, et dont les femmes tirent  vanité. Lorsqu’un homme a épousé une fille vierge et se prépare à consommer son mariage, les jeunes gens du canton lui dérobent sa femme, l’emmènent, et la retiennent loin de son mari l’espace d’un  mois ; après quoi ils la lui rendent : quelquefois, la même personne éprouve plusieurs enlèvements successifs. » (Trad., 1831, p. 552.) »

à propos « du droit de fuite » de la femme berbère de l’Aurès dont il sera question plus bas :  » dans son ménage, elle peut user du droit de fuite, quitter son époux, aux beaux jours, pour rejoindre un homme de son choix. Certes, elle sera répudiée, mais le village ne lui jettera pas la pierre pour autant. Elle deviendra une azryet, ces amoureuses des nuits d’été, poursuivant leurs romances dans les vergers qui cernent les maisons. L’hiver venu, elle rentrera chez ses parents et pourra se remarier. En général, avec un vieillard cossu, quitte à l’abandonner, le printemps revenu… »

lire la suite…

Pour ce qui nous occupe nous allons tout simplement citer des extraits pour inviter le lecteur à aller lire tout le document surtout qu’il ne se décourage pas quand il arrivera à un passage ou deux « techniques » assez assommant, il faudra survoler attentivement… Mais ne rien rater des explications linguistiques ni des conclusions.

—————

« NOTE LIMINAIRE

Mon père est mort, le 20 avril 1949, avant d’avoir pu rédiger complètement ses réflexions sur le problème peul. Seul, le chapitre premier, « Les Peuls Rouges », était dactylographié. Le reste était, soit assez avancé (l’Introduction, la Conclusion, les Peuls Noirs), soit (la Langue) resté au stade des notes jetées sur de nombreux papiers. Ayant eu le privilège de participer aux travaux de mon père pendant les six derniers mois de sa vie, et, du reste, tenu, depuis toujours, par ses soins affectueux, au courant de ses recherches, je me suis borné à mettre, dans l’ordre voulu, et sous leur forme correcte, les passages laissés inachevés par Charles Monteil. J’espère n’avoir jamais trahi sa pensée. Mais je souhaite que l’on veuille bien tenir compte des conditions d’exécution de la présente étude, c’est-à-dire : rendre à mon père ce qui lui revient — la fermeté de son dessein — et n’imputer qu’à moi les inévitables imperfections et les possibles erreurs.
Vincent Monteil. »

Extrait 1 : « « LES ROUGES ET LES NOIRS »
Une des plus importantes dénominations collectives est celle qui a pour point de départ la couleur de la peau des individus. C’est ainsi que, pour les auteurs européens ou arabes (et pour leurs
élèves lettrés), les populations du Soudan Occidental se répartissent en « blancs » et « noirs ». Les « blancs » sont les Européens, les Arabes, les Berbères, les Juifs, les Maures et certains Peuls. Les « noirs » sont les Wolofs, les Sérères, certains autres Peuls, les Sarakolé, les Mandé et les Songhay. Les Noirs voient cette question tout autrement. A leurs yeux, les hommes se classent en deux catégories : les « Rouges » et les « Noirs ». Pour eux, sont « rouges », non seulement les Européens, les Arabes, les Berbères, les Juifs, les Maures, mais encore certains Soudanais qui nous paraissent comme de purs « nègres ». Cela tient au fait que la coloration n’est pas seule en cause. D’autres considérations, sociales, notamment, interviennent : des « peaux- noires » sont traités de « rouges », parce qu’il s’agit d’affranchis, de clients, d’optants divers, qui sont agrégés à des formations de « Rouges ».

Aussi, faut-il bien prendre garde de ne pas traduire « rouge » par « blanc », puisque les vocables soudanais et leur contenu ne recouvrent aucunement les nôtres. Faute d’avoir observé cette précaution, les auteurs de vocabulaires, les ethnographes, les historiens, ont commis de regrettables erreurs. Delafosse s’est trompé, de la sorte, en voyant (1912, p. 23) la désignation d’un élément ethnique étranger au Soudan Occidental, dans l’expression « race blanche » employée, par l’auteur arabisé du Tarikh Es-Soudan (1900, p. 18), pour distinguer les Kayamaga fondateurs de Ghana. Il faut lire, sous la plume de cet arabisé, le mot « blanc » comme équivalent au mot « rouge » appliqué à un élément ethnique du Soudan Occidental. C’est ce que suggère l’auteur du Tarikh El-Fettach (1914, p.78), qui considère les Kayamaga comme de provenance « berbère » (suba).  »

—————————————

Extrait 2 : « « Rouges », aussi, sont les « Pourognes » ou « Pourougnes », terme wolof (puru-ny, poro-ny) qui désigne les Maures et les métis de Maures du Bas-Sénégal. Les Soninké se tiennent eux-mêmes pour des « rouges » (voir Tautain, 1885, Adam, 1904, Arnaud, 1911, p. 145) ; ils disent, d »un des leurs, s’il est pur : soninka dumbe : « c’est un Soninké rouge ». D’où leur nom de Sarakolé : sara kule, « l’homme (homo) rouge ». C’est donc à tort que Delafosse (1901, p. 271) a traduit par « homme blanc », …ce  qui l’a conduit à soutenir des thèses tendancieuses (Delafosse, 1924, p. 16, et p. 48).

L’exemple des Peuls est particulièrement instructif. Le mot français « peul » vient sans doute du wolof P?l *, qui n’est qu’une déformation du nom même que se donnent les intéressés : pullo, pi. fulbe.  Or, pullo n’est, en réalité, qu’un qualificatif; on sous-entend neddo  (« personne »). Et ce mot est d’origine mandé : comme pour kule  (dans sara-kule, « Soninké »), comme pour hulo (nom que donnent aux  Peuls les Khassonké, ces métis de Peuls et de Mandingues), il s’agit  du Mandé ule,.wule, wole (bambara : bêlé) qui est le thème qualificatif  peul, wode, et signifie « rouge ». Le nom même des Peuls est -donc  mandé, il n’est pas propre aux Peuls, et leur est sans doute antérieur.  Ils disent, eux-mêmes : pullo ko bodêdyo — « le Peul est rouge »,  ce qui doit s’entendre au sens « large » précisé plus haut ; ce qui explique que se considèrent comme Peuls — et sont tenus pour tels — des gens qui sont des nègres tout à fait noirs. Ceux qui n’ont que la langue — le pulâr — en commun avec les Peuls (rouges) se qualifient de hâl-pulâr’eriy c’est-à-dire de « poulophones ». »

———————————————-

Extrait 3 : « LES PEULS ROUGES
1. Origine.
D’où viennent-ils ? Il n’existe aucune trace de migration des Peuls  Rouges d’Est en Ouest, et tout ce qu’on a écrit sur ce sujet n’est qu’hypothèse.
Au contraire, « d’après toutes les traditions recueillies à diverses époques chez les Peuls des différentes régions du Soudan, les tribus foulbé échelonnées depuis le Bas-Sénégal et le Fouta-Djallon jusqu’aux pays entre Tchad et Nil… déclarent à l’unanimité être venues du Fouta sénégalais ou du Mali, c’est-à-dire des contrées situées entre l’Atlantique et le Haut-Niger » (Delafosse, 1912, I, p. 211).
Il est vrai que « toutes aussi prétendent que leurs ancêtres de l’Ouest provenaient eux-mêmes d’ancêtres antérieurs venus du Nord ou de l’Est et surtout du Nord-Est » (Delafosse, 1912, I, p. 211)… Mais, que valent ces prétentions ? « II n’y a pas de tradition nationale sérieuse chez les Peuls, mais seulement des légendes, et des légendes de très basse époque, de l’époque de la musulmanisation. » (Tauxier, 1937, . p. 41.) Et ces légendes, imaginées par des convertis, sont sans valeur (Delafosse, 1912, à).

D’autre part, un fait d’importance capitale est que la langue, dite « peule », n’est qu’un dialecte apparenté à celui des Sérères, nègres du Bas-Sénégal (Homburger, 1939). Entre Sérères et Peuls, il y a, du reste, une très ancienne alliance (dendirâgal), sur laquelle nous reviendrons au chapitre des « Peuls Noirs ».
Nous concluons donc que c’est dans le Soudan Occidental qu’il faut situer et examiner ce qui concerne l’origine et le comportement des Peuls.

L’auteur du Bayân (XIIIe siècle) rapporte une incursion faite au Soudan, vers 739 de notre ère, par ordre du gouverneur de l’Ifriqiyya : « (ce gouverneur) envoya Habib ben Abou-Obeida ben Oqba ben Nafi’ Fuhri en expédition contre le Sous-Extrême. Ce chef parvint jusqu’au Soudan, en vainquit tous ceux qui tentèrent de résister et, en pénétrant chez toutes ces tribus sans exception, il fit un nombre considérable de captifs et, entre autres, deux jeunes filles qui n’avaient chacune qu’un sein. Puis, il rentra avec tous les honneurs de la guerre. » (Fagnan, 1901, p. 40.) Ce texte est reproduit par Fournel (1881, I, p. 284), et cette expédition est relatée par de nombreux écrivains arabes (Ibn Abd El-Hakam, Ibn Khaldoun, Al-Qairwani, etc.) .

Cette citation est complétée par le passage suivant dEl-Bekri, écrit au XI siècle : « Dans le royaume de Ghana, on trouve une peuplade nommé El-Honehîn, qui a pour ancêtres les soldats que les Omeïades envoyèrent contre Ghana, dans les premiers temps de l’islamisme. Elle suit la religion du peuple de Ghana ; mais ses membres ne contractent jamais de mariage avec les nègres. Ils ont le teint blanc et une belle figure. On trouve aussi quelques hommes de cette race à Sala où on la désigne sous le nom d’El-Faman. » (1859, p. 391 ; voir Monteil, 1911, p. 8.)

Ce sont ces soldats de l’an 739, venus d’Afrique du Nord, et dont, plus de trois siècles plus tard, les descendants se distinguaient encore, que nous tenons pour une des branches principales des ancêtres des Peuls Rouges du Soudan Occidental. C’est ce qui nous paraît clairement résulter du rapprochement, que nous allons exposer, entre les données des textes arabes qui précèdent, d’une part, et la documentation recueillie sur place auprès des Peuls « rouges », c’est-à-dire « purs », d’autre part.

L’objection que ce groupe de soldats demeurés à Ghana ne saurait avoir engendré les centaines de milliers de Peuls du Soudan est sans valeur, puisqu’elle repose sur la confusion courante (que nous avons dénoncée) que l’on fait, sous le nom de Peuls, de diverses populations hétérogènes .

2. Généralités.

D’une manière générale, les Peuls s’appellent fulbe (sing, pullo), ce qui signifie : « rouges », et se distinguent en Foulbé « rouges » (fulbe wodâbe) et Foulbé « noirs » (fulbe balêbe). Les Foulbé « rouges » ont diverses dénominations collectives, notamment celle de mboda (qui veut dire : « les rouges »). On leur connaît deux souches familiales, les Dya et les Sô, qui rappellent les deux groupes signalés, l’un à Ghana, l’autre à Silla, par El-Bekri. Ces deux souches ont engendré des collectivités nombreuses — dont aucun recensement ne donne le chiffre — répandues dans tout le Soudan et dispersées sur une aire immense, de l’Atlantique au Darfour, et du Sahel saharien au golfe de Bénin (sauf dans la région de la forêt équatoriale, où les Peuls ne pénètrent pas).  L’un de ces groupements, peut-être le plus nombreux et le mieux caractérisé, est celui des pulli (toujours le mandé ule, uli : « rouge ») du Fouta-Djallon (Fûta-Dyalô) qui, pour se soustraire à la tyrannie et aux exactions des « Almâmis » de cette région, ont fui vers les plateaux élevés du Badyar, installant leurs paillotes sur des corniches d’accès difficile. On ne parvient même à certains villages que par la « cheminée » ou conduit naturel, parfois vertical, que présente la roche. Sanderval (1899) a visité et décrit ces montagnes-refuges, et Guébhard (1909) a signalé la présence de Peuls purs dans ces nids d’aigles (notamment à Bounaya).

3. Traits physiques et moraux ; genre de vie.

Au physique, le Peul Rouge n’offre pas de type vraiment homogène. Mais il est, dans tous les cas, absolument différent des nègres. « En général, le Poullo est caractérisé par de petits traits menus, des extrémités grêles, une taille et une corpulence moyennes, ainsi que par un teint jaune rougeâtre ou cuivré » (Barth, 1863, III, p. 215). Cette pigmentation corporelle, qu’ils nomment eux-mêmes mbodirka, est susceptible de foncer sous l’effet de l’action ou de l’émotion. La peau, toujours fine, laisse transparaître le réseau des veines. Le hâle joue son rôle, et aussi la saleté habituelle des nomades. Guébhard (1909) écrit que la couche de crasse de certains vieillards s’enlèverait « au couteau ».  Le visage est d’un ovale parfois très pur, en particulier chez les femmes. Les cheveux sont soyeux, brillants (s’ils sont propres), quelquefois ondulés, jamais crépus. L’œil est brun, parfois bleu  (Abadie, 1927, p. 186) ; les cils, longs et droits ; les sourcils^ bien dessinés en arc. Le nez, droit ou aquilin, jamais épaté. Les pommettes, assez saillantes et colorées. Les lèvres, charnues, mais non épaisses comme chez les nègres. Le cou est souvent long et gracile, ce qui est une marque de distinction très prisée : « Peul au long cou… », Pullo dyûta dânde (Gaden, 1931, p. 314, n° 1253).

Le Peul ainsi défini  se présente, d’ordinaire, avec une chevelure arrangée en tresses, dont trois, de chaque côté, se retournent à leur extrémité. Le dessus de la tête, vers le front, présente un cimier transversal, appelé kumjol, kumfi (Gaden, 1931, p. 315). Des amulettes sont disséminées autour de la tête, du corps et des membres. Comme vêtement, un lambeau d’étoffe. Parfois un bonnet couvre entièrement le cuir chevelu et les oreilles. S’il se déplace, ou en cas de besoin, son arme de défense habituelle est un fort bâton, appelé sauru (Gaden, 1931, p. 271, n° 1068 et Vieillard, 1940, a., p. 313), à l’aide duquel il écarte de son chemin les hautes herbes et les broussailles. Le berger se sert aussi d’une crosse, lindu (Vieillard, 1940, a., p. 313), liwundu, ligundu, qui lui sert à abaisser les branches pour les mettre à portée de ses bêtes.

Enfin le Peul nomade ne quitte guère sa hachette : dyambel (Vieillard, 1932, a, p. 93) ou dyambere (Gaden, 1931, p. 39, n° 122), qui lui est indispensable pour édifier sa hutte ou son parc à bestiaux ; c’est aussi bien une arme défensive et offensive. Les femmes, enfin, se parent de grosses boules dambre, de perles, de corail, de cauris. Cet ensemble est miséreux, car le Peul Rouge nomade est un pauvre hère, d’ordinaire de piètre intelligence. C’est de lui que Barth a écrit :
« Nous rencontrâmes aussi une troupe de Foulbé, gens de petite taille, au teint grisâtre et sale, vêtus de chemises qui ne l’étaient pas moins… Les pionniers de ce peuple envahisseur, qui vivent encore sur la lisière de leur ancien territoire, assujettis à la crainte et au travail, ont, en général, le même air décrépit. »

Ce que ce Peul estime le plus, pour lui-même et pour les autres, se résume en ce dicton : « C’est un vrai Peul : il a beaucoup de retenue, il a beaucoup de bœufs » : ? hêvi gatye, ? hêvi nai (Gaden, 1912, p. 30) (Vieillard, 1932, p. 11, 14). Gatye, gattye, c’est la « retenue », la pudeur. Très réduit dans ses moyens, il est, par nature, porté à l’avarice et à la dissimulation. Ce que lui reprochent les Peuls Noirs, en ces termes : « Le Peul Rouge nomade, même s’il a une brebis sur le point de crever, il ne la tuera pas pour s’en nourrir. Et pourtant, il possède plus de cent bœufs, mais nul ne s’en doute ; et il n’a rien pour se vêtir. » (Gaden, 1931, p. 313.)

Pour le nègre, dont le respect et la considération vont à la force, au faste, à la richesse, ce besogneux, ce berger à la merci des puissants, n’est qu’un objet de mépris, qu’il pille s’il le peut. Les Bambara disent de lui : « le pauvre, le faible Peul », fula fanlâ l. Quant à la Peule, c’est l’éternelle, la misérable marchande de lait. Au bas de l’échelle, apparaît ainsi celui que le Peul Noir appelle,
par dérision : « le petit Peul Rouge, qui tête les poils de brebis », pulel bódevel muinovel lêbi bâli (Gaden, 1931, p. 314, n° 1251).  ”

——————————————–

Extrait 4 : « 8. Le droit de fuite (detuki).

Ces mœurs, si curieuses, se doublent d’une pratique qui ne l’est pas moins : le detuki (Reed).
En effet, une femme mariée peut toujours se faire enlever par un amant qui, en égorgeant un bœuf, transforme l’aventure en une union matrimoniale, opposable au précédent mari (Reed).’.. Cette coutume, qui n’est pas sans rappeler le « droit de fuite » de la femme berbère, atteste une certaine licence, proche, de celle de ces Ghomâra dont El-Bekri écrit :

« Chez les peuples de Ghomâra, il existe une pratique appelée muwâraba, qui est fort répandue, et dont les femmes tirent vanité. Lorsqu’un homme a épousé une fille vierge et se prépare à consommer son mariage, les jeunes gens du canton lui dérobent sa femme, l’emmènent, et la retiennent loin de son mari l’espace d’un mois ; après quoi ils la lui rendent : quelquefois, la même personne éprouve plusieurs enlèvements successifs. » (Trad., 1831, p. 552.)

Le detuki entraîne des difficultés de toute nature. Aussi, les lâmîbe (pi. de lâmîdo) ont-ils parfois tenté d’exclure les coupables de la tribu, mais les amants se choisissent dans des tribus différentes…
Les Peuls islamisés crient au scandale. Cependant, au Fouta- Djallon, notamment, l’adultère suscité par la femme est chose courante, et juges, amis et parents d’intervenir, pour obtenir du mari qu’il patiente et ne rompe, pas l’union (Vieillard, 1939, p. 48).

En définitive, le detuki permet à la Peule d’épouser qui lui plaît. De mœurs absolument libres, elle ne compte qu’avec la réprobation de l’opinion publique. Si bien qu’elle se comporte comme la femme targui dont le Dr Vermale a tracé ce portrait (Foley, 1930, p. 62) : « Les femmes pubères et non actuellement mariées vivent toutes, nobles et plébéiennes, dans l’état d’asri, de liberté de mœurs, et sont toutes de conduite légère… Certaines n’accordent leurs faveurs qu’à un petit nombre d’amis, d’autres les accordent à tout venant… Personne n’y trouve rien à redire, pourvu qu’elles ne se laissent courtiser que par des hommes de condition sociale égale ou supérieure à la leur. » (Cette finale est à rapprocher de la consigne donnée aux deux jeunes filles qui élisent le vainqueur du gerewol.)

L’union conjugale apparaît donc comme fort instable, chez les Peuls purs, et la légèreté de mœurs de la femme ôte presque toute valeur à la paternité. Le seul lien qui compte, pour l’enfant, est celui qui l’unit à sa mère, dont il tient sa condition sociale et de qui il hérite tout ce qui a de la valeur dans la tribu.

L’insignifiance de l’ascendance paternelle est encore accusée par le rôle éminent de l’oncle maternel, auquel l’enfant se rattache, et duquel il hérite. Seule importe la ligne utérine, tout dépend de la femme chez les Peuls.

Si l’on admet l’origine que nous supposons à ces gens, l’on comprend sans peine que les soldats de 739 n’ont pu prendre femmes que chez les Berbères, puisqu’ils n’avaient pu amener de femmes avec eux et qu’ils refusaient d’en prendre chez les nègres. Ce sont ces femmes berbères qui ont imposé leur statut.  Et sans doute est-ce à l’étroite endogamie, pratiquée, depuis des  siècles, dans ce milieu relativement restreint, qu’il faut imputer la décrépitude physique que l’on remarque chez la plupart des Peuls des deux sexes :

« Les Peuls sont, au Soudan, une race relativement peu robuste et peu saine… Les fils des concubines noires sont beaucoup mieux portants que les fils des épouses peules… C’est une race de créoles, qui trouvera le salut dans la fabrication de mulâtres de plus en plus négritisés. » (Vieillard, 1940, p. 150.)

9. Paganisme.

Le dernier trait, relevé par El-Bekri pour les descendants des conquérants de 739, est qu’ils « suivaient la religion des peuples de Ghana », donc le paganisme. A cet égard, les Peuls Rouges nomades sont connus pour « d’abominables païens » (Vieillard, 1932; a). Dans son étude sur le Baghéna, Barth (1858, V, p. 511) remarque que, dans cette région, les Peuls . sont appelés Koar. C’est là, sans doute, une des variantes du nom de kwâr (sing, kowri) que les Maures donnent aux populations du Bas-Sénégal, et qui n’est vraisemblablement qu’une déformation de l’arabe kuffâr, lequel signifie « païens »..
D’ailleurs, les Peuls sédentaires, qui leur témoignent tant de mépris, n’ont guère adopté de l’Islam que quelques pratiques extérieures et très superficielles.
Ce paganisme des Peuls Rouges se manifeste d’une manière analogue à celle que les observateurs ont déjà constatée chez les diverses populations noires et chez la plupart des tribus berbères. Il n’y a donc pas lieu, dans cette mise au point, d’entrer ici dans un exposé spécial »

—————————————–

Extrait 5 : « (  1ère) Conclusion
Nous avons décrit les caractères qui nous autorisent à considérer que, de nos jours encore, subsistent» parmi les Peuls, des fractions répondant — trait pour trait — au triple signalement, donné par El-Bekri, des descendants de l’expédition de 739. Mais nous ne prétendons pas que ce soit là la source unique -des Peuls Rouges. Nous pensons seulement que cet exemple éclaire l’origine des gens de cette sorte.

A toute époque, des individus ou des groupes de « Rouges », vivant en bordure des Soudanais, se sont infiltrés chez ces derniers . Ceux d’entre eux qui ont voulu garder leur pureté ethnique ne se
sont alliés qu’avec des gens semblables à eux. Ces immigrants, appartenant à des souches berbères (ou sémites), ont disparu sous la dénomination uniforme de « Peuls », laquelle vise essentiellement des gens parlant une certaine langue — le peul — qui est, non pas étrangère au Soudan, mais au contraire de souche soudanaise (Delafosse, Homburger).

A ce propos, les auteurs européens se sont souvent égarés en attribuant à la langue peule des caractéristiques absolument fantaisistes. Certes, les travaux de Gaden ont remis bien des choses au point. Ils ont cependant laissé subsister certaines affirmations inacceptables, fondées sur des constructions grammaticales arbitraires exclusivement européennes . Que reste-t-il, dès lors, des innombrables théories sur l’origine ethnique des Peuls ? Nul, jusqu’ici, n’a pu produire la moindre preuve de ces arrivées de pasteurs, venant de l’Est, avec leurs troupeaux de bœufs à bosse et de moutons à laine.

Par contre, il apparaît qu’au contact des Noirs, des individus ou des groupes de « Rouges » se sont implantés au Soudan, en conservant ou adoptant tel genre de vie à leur convenance — et non pas forcément pastoral. Qu’il s’agisse des gens, des animaux ou de la langue, rien ne permet d’affirmer, comme l’a fait Verneau, par exemple, que l’on a affaire à des importations directes et exclusives de l’Orient.
C’est donc sur la bordure occidentale des Sahariens et des Soudanais qu’il faut chercher l’origine des Peuls Rouges. Ceux que nous nommons les Peuls sont des « étrangers » qui se sont imposés à des Noirs, auxquels ils ont emprunté leur langue — qui, à son tour, a été dénommée (pul-âr) d’après eux.
Mais eux-mêmes portent un nom qui leur a été donné à cause de leur coloration dermique, et qui est, semble-t-il, d’origine Mandé. Ce nom, rien n’empêche, au demeurant, qu’il soit applicable, outre les individus de race « rouge », à tous ceux qui se rattachent vaguement aux Rouges pour des raisons diverses (langue, notamment). C’est ce que l’examen des Peuls Noirs va nous permettre d’expliquer.

——————————

Chapitre II. 
LES PEULS NOIRS
Les pactes d’alliance (le dendirâgal).

….le dendirâgal, c’est une « alliance », aussi bien familiale que contractuelle. Les « alliés » se considèrent, d’ailleurs, comme des parents (un Noir, allié d’un Rouge, se tient pour un Rouge- et est tenu pour tel) et affichent une grande familiarité, allant jusqu’à l’échange des insultes ou des allusions les plus grossières. Aussi, ce lien contractuel a-t-il été surnommé, par certains auteurs (Labouret, 1929), « la parenté à plaisanterie ».

Le pacte de dendirâgal donne lieu, ou non, à une cérémonie publique ou privée. Souvent, mais pas nécessairement, il consiste en ce que les Européens appellent « la fraternisation par le sang », en usage dans toute ? Afrique Noire, d’Est en Ouest (voir exemple, Monteil, 1924, p. 225). L’alliance par « colactation » est aussi bien connue. Parfois, on se contente d’un serment solennel, prêté sur l’enclume du forgeron (Monteil, 1915, p. 312). Enfin, dans certains cas, il suffit même d’un simple service rendu. Les engagements pris ne sont pas identiques partout (et nous ne les connaissons pas bien). Mais ils se résument, en fait, en des devoirs d’assistance mutuelle, avec leur contrepartie qui est la défense, à chaque contractant, de porter préjudice à l’autre (et notamment, de témoigner, en justice, contre lui) et, en particulier, de faire couler son sang.

On a pu penser, par suite, que l’interdiction d’intermariage, stipulée dans l’alliance entre races différences (Peuls et Sérères, par exemple), aurait pour origine le devoir « d’éviter l’effusion du sang de la vierge » (Monteil, 1924, p. 226 2). Quant à la sanction de ces pactes, elle est purement mystique (comme chez les Berbères), et automatique en cas de violation. Le dendirâgal est donc un « contrat synallaginatique » ; mais, s’il’ y a réciprocité, il n’y a pas égalité de rang des deux parties. En effet, il existe entre elles une manière de hiérarchie : l’une est toujours subordonnée à l’autre. Dans la terminologie soudanaise, on dit que l’un des alliés est le « maître » et que l’autre est « l’esclave ».

Dans ce sens, les Sérères sont considérés comme les « esclaves » des Peuls. Il y aurait là un indice d’une prédominance politique ancienne de ceux-ci sur ceux-là ? Mais il faut remarquer que les expressions indigènes sont simplement la façon soudanaise de traduire la capitis diminutio. Il apparaît, de tout ce qui précède, que ces pactes d’alliance sont des contrats d’assistance mutuelle : donc, nés de l’insécurité (ils ne disparaissent pas, toutefois, avec elle, puisque, même aujourd’hui, ils sont toujours respectés).

C’est ainsi que les soldats de 739 ne pouvaient subsister, que les Peuls Rouges ne pouvaient vivre en nomades (relativement) indépendants, .au sein d’une société de sédentaires, soumis à des potentats tyranniques, sans s’unir aux populations locales par des accords de ce genre. D’autre part, l’interdiction d’intermariage avec leurs alliés Noirs, clause « formelle du dendirâgal des Peuls Rouges,- fut, pour ceux-ci, un renforcement, de l’endogamie protectrice, nécessaire au maintien de leur intégrité ethnique.

Quoi qu’il en soit, il est de notoriété publique, au Soudan Occidental, que les Peuls sont les alliés contractuels — les dendirâbe — de collectivités de pasteurs, de cultivateurs et d’artisans noirs, tous . gens « libres », mais de condition sociale réputée inférieure. Bien entendu (sauf recours aux légendes), on ignore, et l’époque où ces alliances se sont nouées, et les circonstances, les conditions qui ont présidé à leur naissance.

———————

… les soldats de 739 durent organiser leur existence chez les Noirs. La majorité d’entre eux appartenait sans doute à des tribus pastorales. Ils recherchèrent donc l’alliance de ceux des Noirs qui
étaient eux-mêmes pasteurs. Peut-être aussi durent-ils, pour subsister, adopter le genre de vie- nomade des bergers noirs, aux dépens desquels (pillage, «louage…) ils se constituèrent des troupeaux à la mode berbère, ou tout au moins, ils augmentèrent ainsi leur part de butin et de prise.
Aujourd’hui, il faudrait pouvoir faire la discrimination entre les troupeaux vraiment possédés par les Peuls purs (Rouges) et ceux que possèdent les Peuls Noirs.  …

….En réalité, ceux qui ont fait, à tous ces titres, la renommée des Peuls Rouges, ce sont ces Noirs (les uns pasteurs, les autres, en majorité, sédentaires cultivateurs) auxquels les premiers ont emprunté leur langue, ces Noirs qui ne sont des « Foulbé » que par confusion (ou option).

En somme, les « pouloglottes » ou « poulophones », les hâl-pulâr’en : tourbe composite de gens originaires du Fouta sénégalais, et dont les maîtres provenaient de cette agglomération de gens de race servile, sur laquelle s’est greffée parfois quelque famille ancienne d’affranchis, de libérés, se considérant comme une aristocratie (Si, LU etc.). Il en est, d’ailleurs, de même au Fouta Djallon, au Mâcina (les Bari), au Sokoto. Dans le milieu indigène, cette origine ne porte point ombrage, mais on s’efforce de la camoufler.

Parmi ces « poulophones », certains ont fait active et brillante carrière, dont l’éclat a rejailli sur l’ensemble des Peuls — bien plus, toutefois, dans les livres des Européens qu’au Soudan même. Ici, en effet, la discrimination se fait aisément, car chaque groupe de « pouloglottes » a ses archivistes, et il s’en faut qu’aucun d’eux soit le moins du monde enclin à faire remonter ses ancêtres à ces faibles, ces misérables bergers ¦ peuls qui, depuis des siècles, nomadisent dans les coins les plus désolés du Soudan Occidental.

Précisons, enfin, que c’est exclusivement à l’Islam que les Poulophones ont dû de fonder les empires qui ont, en effet, bouleversé de fond en comble la société indigène, et c’est certainement par ce levain que l’Afrique Occidentale est le plus profondément, le plus efficacement transformée de nos jours. Mais, encore une fois, les Peuls purs sont étrangers à cette affaire, même en tant que métis.  »

Lire le document…

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1950_num_20_2_2606

Pour finir et se mettre à jour avec une référence comme il faut dans le monde académique, selon wiki « Aujourd’hui, la plupart des chercheurs s’accordent à faire de ces pasteurs ; des Syro-libyens… »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9ories_sur_l’origine_des_Peuls

Par vlane.a.o.s.a

chezvlane

Categorie: Actualités, International Tags: , , , , , , ,

Vous pourriez aimer:

L’homme le plus riche de tous les temps était africain L’homme le plus riche de tous les temps était africain
L’Histoire de l’Afrique : du X au XVIII siècle L’Histoire de l’Afrique : du X au XVIII siècle
Comprendre la démocratie en Afrique – Bernard Lugan Comprendre la démocratie en Afrique – Bernard Lugan
Qui a dit que tout allait bien en Afrique ? Qui a dit que tout allait bien en Afrique ?