Le recensement Amazigh de la discorde

enseignement de l’amazighPar : Moha MOUKHLISS

Dans le cadre du recensement qu’organise le Haut Commissariat au Plan (HCP) à partir de septembre 2014, deux questions figurent dans le questionnaire (page 4) élaboré pour cette opération. La première concerne la rubrique : « langues locales utilisées » et qui comportent : la Darija marocaine, Tachelhit, Tamazighte, Tarifiyte et Lhassaniyya. La deuxième question figure dans la rubrique « Langues et analphabétisme » et demande au citoyen de dire s’il sait lire et écrire les langues suivantes : arabe, amazighe (Tifinaghe), français, anglais, espagnole et autres langues. Dans la deuxième rubrique « Langues et analphabétisme », le questionnaire a précisé que la lecture de l’amazighe  standard concerne l’amazighe en alphabet Tifinaghe.

Ce questionnaire a immédiatement entrainé des réactions émanant de la mouvance amazighe qui le juge biaisé, délibéré et visant la remise en question de l’adoption officielle du caractère Tifinaghe, le 10 février 2003, par le Cabinet Royal et la négation du travail scientifique et académique accompli par l’Institut Royal de la Culture Amazighe(IRCAM). En effet, ce dernier a réussi à codifier et à aménager le caractère Tifinaghe et a soumis son travail à son Conseil d’administration qui a adressé une requête au Souverain marocain qui y a adhéré, après avoir consulté toutes les formations politiques marocaines. Des organisations amazighes dont l’Assemblée Mondiale Amazighe ont appelé les citoyens à boycotter le recensement qui va à l’encontre des recommandations onusiennes en matière de langue, d’autant plus que le HCP a déjà falsifié le pourcentage des Amazighes lors du recensement de 2004.

En outre, ces réactions ont pointé du doigt la déclaration du premier responsable du HCP, Lahlimi, qui, lors de la conférence de presse qu’il a donnée le mercredi 11 juin 2013, a affirmé que l’intégration de la question portant sur le tifinaghe dans le questionnaire se justifie par l’incompréhension que les marocains manifestent vis-à-vis de ce caractère, sans donner de statistiques et sans citer d’étude menée dans ce domaine. A l’aube de l’opération, et dans la précipitation, le HCP a affirmé avoir adressé une note aux personnes chargées du recensement, pour éliminer la question relative au Tifinaghe.

Les raisons des réactions contre le recensement sont les suivantes

  • La décision Royale d’adopter le tifinaghe comme caractère officielle pour enseigner l’amazighe au Maroc est le fruit d’un consensus national ;
  • L’enseignement de l’amazighe, son intégration dans les médias et dans les institutions et département de l’Etat se sont faits en caractère tifinaghe ;
  • Grace au travail académique accompli par l’IRCAM, le tifinaghe a été codifié et aménagé. Travail qui fut couronné par une reconnaissance internationale de la part de l’organisme ISO-UNICODE en 2004 ;
  • Le tifinaghe est l’alphabet naturel pour l’amazighe, des communautés amazighes l’ont sauvegardé ;
  • Les citoyens qui ont bénéficiés d’une scolarisation en amazighe en caractère tifinaghe sont les écoliers du primaires, âgés de 06 à 12 ans : le recensement ne les concerne pas ;
  • La tranche d’âge concernée par la question du recensement n’a jamais bénéficié d’une formation en caractère tifinaghe ;
  • Le recensement semble tabler sur une question à résultats garantis pour remettre en question un acquis nationale : le tifinaghe ;
  • Le recensement interroge les citoyens sur une compétence dont ils n’ont jamais été objet de formation ;
  • La maitrise du caractère tifinaghe devra se limiter aux citoyens qui ont bénéficié d’une formation et des élèves scolarisées en langue amazighe et ce travail devra être confié au Ministère de tutelle en collaboration avec l’IRCAM ;
  • Dans la rubrique « langues locales utilisées », la question limite le nombre de langues utilisées à deux et donc se limite à une approche bilingue, fait qui contredit la réalité multilingue nationale ;
  • Le questionnaire a omis de préciser le caractère des autres langues par rapport à la compétence du citoyen pour les lire et les écrire ;
  • Le questionnaire n’a pas pris en considération les langues parlées et écrites par les marocains résidant à l’étranger (Hollande, Belgique, Allemagne…) ;
  • L’expérience marocaine en matière de Tifinaghe a servi de modèle à d’autres Etats d’Afrique du nord (Libye, Tunisie…)… ;

 

En principe, le recensement de la population a pour objectifs le dénombrement des logements et de la population résidant au Royaume et la connaissance de leurs principales caractéristiques (âge, sexe, profession, langue(s) …) en vue  d’élaborer des politiques qui visent à palier aux insuffisances et aux lacunes et autres actions devant permettre l’amélioration des conditions de vie de la population.

Il semble que les différents recensements réalisés au Maroc, y compris celui de 2014, répondent à une vision politique sécuritaire et idéologique. Particulièrement au niveau des questions relatives à la composition ethnique de la population et au paysage linguistique. L’Etat marocain de nature centralisé hésite et a du mal à se regarder devant un miroir.

Le recensement de 2014 supervisé par le Délégué d Haut commissariat au Plan, qui, comme son nom l’indique, devrait s’atteler, dans son recensement, à collecter des données objectives,  à même de lui permettre d’avoir une vision concrète de ce qu’est le Royaume, en conformité avec son histoire. Cette opération malmène l’amazighité et lui fait subir un traitement discriminatoire. L’objectif est non de collecter des données objectives mais de conforter la politique d’arabisation et de déracinement culturel et linguistique entamée depuis l’indépendance.  Une manière parmi d’autres de perpétuer le mépris des Amazighes et de leurs langue et culture et un ingrédient supplémentaire qui met en danger la stabilité du pays et la paix sociale. Car l’avenir du Royaume du Maroc se confond avec l’amazighité en tant qu’identité et civilisation autochtone fondée sur des valeurs modernistes que sont la démocratie, la laïcité, la tolérance, le respect de l’Autre, la liberté d’expression et de conscience. Le révérenciel idéologique de l’Etat marocain basé sur l’arabo-islamisme et la vision monolithique a vécu. L’Amazighité est l’unique altérative salvatrice pour le Royaume et pour sa pérennité.

C’est ce que M. Lahlimi n’a pas encore compris. Il se situe ainsi aux antipodes des multiples Discours du souverain marocain qui affirment et réaffirment que l’amazighité constitue le socle et le substrat de base de notre identité nationale. Les autres apports sont des affluents qui se déversent dans le grand fleuve amazighe. Ils sont historiquement datés et datables. M. Lahlimi draine une conception arabo-baathiste héritée de Saddam et consorts. Il a peur de la vérité qui veut que notre pays est amazighe et que la souveraineté amazighe reprendra, tôt ou tard, ses droits inaliénables et légitimes. Il refuse d’admettre que son « orient arabe » qui lui sert de repère et d’inspiration a volé en éclats parce que fondé sur des régimes népotistes dirigés par des gangs mafieux et des potentats véreux, anachroniques et malades de la haine des Autres.

La revendication formulée par l’Assemblé Mondiale Amazighe pour son limogeage est plus que légitime. C’est une revendication salvatrice pour notre pays gangréné par des mentalités arabototalitaristes séniles. Les Amazighes sont un peuple de paix et de tolérance. Lahlimi n’a qu’à comprendre que les conflits et les guerres qui éclatent un peu partout sur la planète ont des sous baissements ethniques et linguistique. Nous espérons de tous nos vœux que notre pays en soit épargné.

Categorie: Actualités

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