Le Maroc est Amazigh !

maroc-amazighL’officialisation de la langue amazighe est le couronnement d’un processus amorcé depuis le discours d’octobre 2001, qui a apporté une nouvelle vision au sujet de l’identité marocaine.

Le 13 mai dernier, le ministre des habous et des affaires islamiques répondait, sans broncher, en tamazight à une question orale posée, dans la même langue, par la députée RNI Fatima Chahou. La même parlementaire avait défrayé la chronique, deux années plutôt, en posant pour la première fois sous la coupole une question orale en tamazight. Qu’un ministre, comme Ahmed Taoufiq s’exprime pour la deuxième fois devant les députés en tamazight est lourd de significations. Venu d’un ministre comme Lahcen Daoudi ou El Houssaine Louardi, qui s’y sont déjà adonné, cet exercice aurait pu être qualifié de pure manœuvre politicienne. Mais quand cela vient d’un ministre de la carrure d’Ahmed Taoufiq, cela en dit long sur la volonté de l’Etat, et à très haut niveau, d’aller de l’avant dans ce chemin irréversible qu’est la réconciliation des Marocains avec une partie de leur identité.
Pareils signaux ne manquent d’ailleurs pas pour étayer cette vision. Il en est ainsi de l’initiative, en cette même année, de la préfecture de Tiznit d’organiser une formation en tamazight au profit des agents de l’administration territoriale exerçant dans cette province. La distribution aux députés, le 16 juin, d’une copie en tamazight rédigée en tifinagh du rapport du CNDH, présenté par son président devant le Parlement, fait partie de ces signaux qui ne trahissent pas cette volonté de réhabiliter la langue et la culture amazighes exprimée pour la première fois lors du discours d’Ajdir, le 17 octobre 2001. Ce discours fait désormais date aussi bien par la teneur de ses termes que par la portée du message qu’il contient. «Dans la mesure où l’amazigh constitue un élément principal de la culture nationale, et un patrimoine culturel dont la présence est manifestée dans toutes les expressions de l’histoire et de la civilisation marocaine, nous accordons une sollicitude toute particulière à sa promotion dans le cadre de la mise en œuvre de notre projet de société démocratique et moderniste, fondée sur la consolidation de la valorisation de la personnalité marocaine et de ses symboles linguistiques, culturels et civilisationnels ». Le Souverain a ainsi donné le ton.
En effet, le discours du Trône de 2001, celui  d’Ajdir et le dahir portant création de l’IRCAM ont jeté les fondements d’une nouvelle politique linguistique, culturelle et identitaire de notre pays en ce sens où il y a eu reconnaissance de la diversité des fondements de l’identité culturelle marocaine. Il s’agit d’un discours moderne et novateur qui souligne que l’identité marocaine est diverse et plurielle. Le Souverain a voulu transmettre le message que la culture amazighe n’est pas l’apanage d’une frange de la population, qu’il s’agit d’un bien commun à tous les Marocains arabophones ou amazighophones, qu’il n’y a aucun conflit entre la culture amazighe et arabe et toutes les autres expressions et que leur complémentarité fait la richesse de la culture nationale. Autre point fort, c’est le fait d’avoir associé à la cérémonie d’apposition du Sceau chérifien scellant le dahir créant et organisant l’IRCAM les représentants nationaux de différentes composantes politiques et syndicales, religieuses et culturelles, économiques et associatives.
Cette même recherche du consensus sur l’importance de ce chantier a été mise en avant deux ans plus tard, lorsque la graphie de la langue amazighe a divisé les acteurs politiques et sociaux. L’arbitrage royal a été sollicité pour sortir de l’impasse et SM le Roi a demandé aux acteurs politiques d’exprimer leur avis sur la question. L’écrasante majorité des partis politiques s’est prononcée pour la graphie tifinaghe. Seuls deux partis sont restés attachés à la graphie arabe. Le débat est, depuis, définitivement clos. Aujourd’hui, ces mêmes partis politiques, nombreux ministères, administrations et établissements publics n’hésitent plus à décliner leurs noms officiels, les slogans de leurs manifestations et les thèmes de leurs rencontres en tifinagh.
Très rapidement, la langue amazighe a fait son entrée dans les écoles. Une chaîne de télévision diffusant principalement en tamazight a été créée, l’agence officielle d’information MAP a mis en place, depuis février 2013, un service en tamazight. L’amazigh a commencé à se frayer un chemin dans la vie publique. Le 9 mars 2011, par son discours historique, le Souverain donne un nouvel élan à ce processus de réconciliation des Marocains avec cette composante de leur identité. S.M le Roi a de nouveau fait référence à «la pluralité de l’identité marocaine unie et riche de la diversité de ses affluents, et au cœur de laquelle figure l’amazighité, patrimoine commun de tous les Marocains». Le message a très bien été reçu par une grande partie de la classe politique et des autres acteurs et potentialités ayant contribué à l’élaboration de la nouvelle Constitution. La Loi fondamentale consacre désormais l’amazigh en tant que langue officielle.
Dans cette quête de réconciliation avec soi qui dure depuis 2001, la Constitution de 2011 constitue, sans conteste, une étape historique dans la consécration de l’amazigh, qui fait partie du patrimoine commun de tous les Marocains, en tant que langue officielle du pays. L’officialisation de la langue amazighe est le couronnement d’un processus amorcé depuis le discours royal d’Ajdir en octobre 2001, qui a apporté une nouvelle vision au sujet de l’identité marocaine.

L’amazigh dans l’école

D’après un rapport de l’Unesco, publié en juin 2014, l’instauration de l’enseignement de l’amazigh dans les écoles pimaires a permis de réduire le pourcentage des enfants non scolarisés au Maroc. Ce taux est passé de 9% en 2003 à 4% en 2009. L’intégration de la langue amazighe dans l’enseignement primaire et supérieur évolue doucement depuis 2003. La langue a également profité de la planification et de la standardisation linguistique en plus de manuels pédagogiques et de moyens audiovisuels pour son enseignement. Selon des statistiques du ministère de l’éducation pour l’année scolaire 2013-2014, le nombre d’enseignants de l’amazigh s’élève à 5 060, dont 385 sont spécialisés dans l’enseignement de cette langue, soit 4% de l’ensemble des enseignants du primaire.

L’effectif qui compte quelque 517 825 élèves passera à un million prochainement.

Par ailleurs, des filières et des cours de tamazight ont été introduits dans les cursus des facultés des lettres d’Agadir, Fès, Oujda, Tétouan et Rabat pour enseigner en profondeur les divers aspects de la langue et de la culture amazighes. Des masters spécialisés dans les études amazighes ont été ouverts dans plus d’une université marocaine. On y étudie l’anthropologie, l’architecture et les arts traditionnels amazighs en plus de la littérature, la linguistique, la géographie et l’histoire. En 2014, plus de 600 étudiants marocains poursuivent des études en amazigh à l’université et ce nombre est susceptible d’augmenter dans les prochaines années.

Tahar Abou El Farah. La Vie éco
Source: lavieeco.com

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