Idir, un homme de culture et d’engagement

idir-amazigh-berbere“L’idéologie arabo-musulmane a faussé tout. On vous refuse d’être algérien. Si on s’obstine dans cette logique, il ne faut pas s’étonner qu’on voit germer dans les têtes plusieurs idées”, dit-il dans une allusion à l’idée d’autonomie de la Kabylie avancée comme alternative à ce déni.

Qui peut mieux que “Monsieur Idir”, comme l’appelait respectueusement l’autre artiste Zinedine Zidane, pour porter la voix de tamazight. Écouter Idir, ce n’est pas seulement replonger dans les réminiscences qui ont accompagné l’inoxydable “A vava Inouva”, à sa sortie dans les années 1970, mais c’est aller à la rencontre d’une légende vivante de la culture algérienne, berbère en particulier.
Artiste à la notoriété établie depuis des lustres, l’homme reste attaché à son pays, surtout à cette Kabylie qui l’a vue naître, dont il a chanté les douleurs et porté les aspirations, et qu’il souhaite, aujourd’hui, apaisée et prospère. Homme aux convictions chevillées, il cisèle les mots comme le poète empêcheur de penser en rond. En dépit du poids de l’âge, il ne cesse de réclamer sa berbérité et son algérianité à part entière. “L’officialisation de tamazight est une revendication naturelle. On a longtemps dénié à ma langue le droit d’exister. Je n’accepte pas d’être un Algérien comme ils veulent nous l’imposer. La reconnaissance de ma culture est un droit”, dit-il. “Je n’entrevois pas de solutions s’il n’y a pas de reconnaissance de ma culture. Ce qui blesse les gens, me blesse aussi”, ajoute-il encore. Au Forum de Liberté où il était invité hier, Idir, de son vrai Hamid Cheriet, n’a pas cessé tout le long de son intervention de revenir sur cette culture mille fois millénaire et sa langue dont il plaide l’officialisation. “Encore faut-il qu’on lui donne les moyens”, soutient-il. “Il ne suffit pas qu’elle soit officielle, il faut qu’elle soit enseignée. Avec le progrès technologique, on risque d’être marginalisé. L’État doit prendre en charge l’enseignement obligatoire de tamazight.” Le plaidoyer est encore plus tenace.
“Je ne peux pas être à la traîne et personne ne peut m’ignorer car je suis un Algérien à part entière ! Hélas, je ne me sens pas encore entièrement algérien (…)”. Même pour le choix des caractères pour la transcription de la langue tamazight, Idir estime, comme pour répondre à ceux qui suggèrent les caractères arabes, qu’il relève d’abord de ses locuteurs et de l’avis des spécialistes. “Ça me concerne d’abord, il faut me demander mon avis (…) je veux me débarrasser de l’idéologie qu’ils veulent nous imposer.” On l’aura tous compris, c’est l’idéologie arabo-musulmane. “L’idéologie arabo-musulmane a tout faussé. On vous refuse d’être algérien. Si on s’obstine dans cette logique, il ne faut pas s’étonner qu’on voit germer dans les têtes plusieurs idées”, dit-il dans une allusion à l’idée de l’autonomie de la Kabylie pour laquelle plaident certains. Selon lui, c’est le déni identitaire qui est à l’origine de l’émergence de ces idées. “L’autonomie ou l’indépendance de la Kabylie est une suite logique et naturelle d’un déni d’identité. Cela découle d’un phénomène de révolte et de la nécessité de construire sa culture (…)”. “L’autonomie ou l’indépendance, en soi, sont des concepts en réaction à quelque chose qui a été provoqué. Par qui et par quoi ? (…) Il faut avoir le courage et l’honnêteté d’en débattre.” Il rend même un hommage appuyé à Ferhat Meheni. “Ferhat a un parcours peu commun, il a chanté et a été emprisonné. Il est allé jusqu’au bout de ses idées. Mais Ferhat n’est pas un monstre, qu’on ne le laisse pas s’exprimer, ça ne fait pas très Voltaire.” Même si l’assistance, nombreuse, ne réclamait que son retour, comme le lui a demandé Saïd Hilmi (“les Algériens vous attendent”), Idir, conscient sans doute de son aura, mais redoutant aussi les récupérations politiques, a tenu à réitérer ce qui est sa marque de fabrique, son humus : être libre, amazigh dans toute son acception. “Les choses ne se font pas normalement. Je veux chanter librement et ça ne m’intéresse pas d’organiser un spectacle sous le patronage de X ou Y. Je suis ce que je suis et je ne suis pas prêt de changer.” “On m’avait demandé de chanter à l’occasion de la manifestation ‘Alger capitale de la culture arabe’. Je suis confronté d’emblée à un mur idéologique. C’est inconcevable”, dit-il. Idir, philosophe ? Non, un artiste, simplement.

Source: Liberte Algerie

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